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Fruit de la collaboration de douze auteurs, ce livre est un ouvrage collectif consacré au rôle de l'université dans le développement local. Les auteurs soutiennent que les cadres théoriques écologiques et sociaux devraient être privilégiés dans le but de venir en aide aux communautés défavorisées, les autochtones, les ouvriers, les femmes, les habitants de villages éloignés, ainsi que les associations sans but lucratif. Au risque d'être déconnecté du reste du monde, les chercheurs universitaires, tant au Canada qu'au Brésil, gagneraient à s'attarder au rôle social de l'université dans les collectivités environnantes.

Ce compte-rendu ne prétend pas rendre justice à la spécificité de chaque chapitre alors que les sujets sont diversifiés. Cependant, trois thèmes transversaux semblent chevaucher l'ensemble de l'œuvre: (1) la valeur des approches sociales et environnementales, (2) l'importance de la coopération entre les différentes institutions et les différents acteurs sur le terrain et (3) les défis de la recherche académique universitaire participative dans les collectivités. Afin de situer ces enjeux, le second chapitre présente un survol historique des nombreux modèles de développement adoptés depuis les années 1950. Ainsi, on comprend mieux pourquoi ce livre met de l'avant les approches écologiques et sociales.

Dans le cadre du premier thème, le premier chapitre encourage les universités à s'inspirer des théories écologiques pour concevoir des projets de recherche. Nous vivons sur une planète ayant des ressources limitées, des écosystèmes vulnérables et les activités humaines mènent à la dégradation de notre environnement. Tout en critiquant le capitalisme, les auteurs expliquent que l'université devrait proposer un nouveau projet de civilisation incluant des stratégies éthiques alternatives de développement durable. De plus, le troisième chapitre incite à examiner toutes les dimensions du territoire d'une collectivité avant de démarrer un projet de développement. Il est nécessaire que la solidarité et que les besoins sociaux de l'ensemble de la collectivité soient au cœur de la conception de recherche.

Le deuxième thème transversal est celui de la coopération entre les différentes institutions et les membres d'une collectivité. Il est question dans le troisième chapitre de la participation de tous les membres d'un territoire à la définition d'un problème, à la recherche de solutions et à l'implantation de tout projet de développement. Par conséquent, les liens entre les différents intervenants, incluant les liens entre la gouvernance locale et la population, devraient être renforcés et non affaiblis à la suite d'un projet de développement local. Alors que, dans le troisième chapitre, les auteurs discutent des liens entre les membres d'une collectivité, dans le cinquième chapitre, on introduit le concept de connectivité. Les auteurs se réfèrent ici à la collaboration entre différents organismes impliqués dans le développement local pour mieux éduquer, émanciper et augmenter la créativité dans les communautés. D'ailleurs, le chapitre huit illustre ce type de partenariat riche en possibilités en parlant du Centre d'Écologie Urbaine de Montréal. On souligne le potentiel de la transdisciplinarité et de la coopération.

Enfin, le dernier thème, les défis de la recherche participative, traite de l'action universitaire dans les collectivités. La recherche participative, également appelée recherche-action, permettrait d'associer la recherche sociale et les aspirations des communautés marginalisées dans une relation dialectique enrichissante. D'ailleurs, les chapitres quatre, six et sept, portant sur des études de cas québécoises et brésiliennes, illustrent comment la recherche-action peut soutenir les communautés. Néanmoins, on mentionne les doutes que suscite la recherche participative et l'isolement des professeurs qui la pratiquent. Concilier les exigences d'embauche et de promotion de l'université avec les principes de la recherche participative demeure une tâche ardue. Comme l'explique le chapitre neuf, les professeurs sont encouragés à ne consacrer que 5 à 10% de leur temps au service à la collectivité, ce qui rend ce genre de recherche difficile à réaliser. Une stratégie proposée pour remédier à ce problème structurel est de concevoir des projets de recherche dans les collectivités en créant des partenariats université-communauté.

Les auteurs accordent une grande place à l'analyse des objectifs des approches systémiques environnementale et sociale, à l'importance de la consultation, du consentement et de l'inclusion de tous les acteurs, ainsi qu'aux obstacles institutionnels de la recherche participative. Cependant, le lecteur reste sur son appétit quant aux pistes de solution pratiques liées aux difficultés de la recherche participative. Est-ce possible que l'on ne puisse pas poser toutes les questions souhaitées ou faire connaître tous les résultats obtenus parce qu'ils contredisent le paradigme envisagé par la collectivité et/ou le chercheur? Quel problème priorise-t-on quand une collectivité est divisée alors qu'on ne veut pas affaiblir la gouvernance locale ou la solidarité entre les membres?

En somme, les thèmes avancés dans Le rôle de l'université dans le développement local: l'importance des approches sociales et environnementales, la coopération entre les différents intervenants et les défis de la recherche participative, peuvent en intéresser plusieurs. Certaines idées avancées sur le rôle de l'université s'inscrivent dans le débat sur ce qu'est ou devrait être la sociologie publique. Néanmoins, ce livre s'adresse d'abord et avant tout aux sociologues du développement, de l'environnement et des changements sociaux. Les contributions de ce livre peuvent enrichir le contenu des cours d'approfondissement en sociologie du développement, en sociologie de l'environnement et en sociologie politique. Cet effort collectif est réussi et propose une analyse contemporaine des enjeux de l'engagement des chercheurs universitaires en faveur du développement local.