Éditorial

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Ces deux dernières décennies ont vu l’apparition de travaux de recherche approfondis sur la physiologie du cheveu et de la peau africains, grâce à la création de laboratoires spécialisés. L’Oréal Recherche & Innovation, pionnier, s’est engagé sur des travaux de biologie et de morphologie aboutissant à de nouvelles connaissances pour le développement de produits cosmétiques adaptés. L’Oréal s’est aussi assuré de diffuser continuellement les nouvelles connaissances scientifiques, plus particulièrement auprès des chercheurs et dermatologues du Continent Africain.

Depuis 2004, L’Oréal Recherche & Innovation organise des conférences en Afrique, rassemblant différents dermatologues venus de pays africains subsahariens, anglophones et francophones. Ces conférences constituent pour ces dermatologues et chercheurs une occasion unique de faire part à leurs collègues de leurs récentes découvertes scientifiques et cliniques à propos du cheveu et de la peau africains.

Ce supplément de l’International Journal of International Dermatology a pour objet de rendre compte des principales présentations du Troisième Workshop L’Oréal « Cheveu et Peau Africains » (Third L’Oréal Workshop « African Hair and Skin »). Cette conférence s’est tenue à Accra, au Ghana, du 1er au 4 décembre 2010, et était présidée par le Professeur Margaret Lartey, chef de service de dermatologie, Département de Korle-Bu de l’Hôpital universitaire d’Accra. Plus de 80 participants venus de différents pays africains étaient présents; le Bénin, le Burkina Faso, le Congo, l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, la Guinée, le Kenya, Madagascar, le Mali, le Nigeria, la République Centrafricaine, le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Sénégal, la Tanzanie, le Togo et le Zimbabwe y étaient représentés. Des dermatologues et chercheurs spécialisés dans la recherche sur le cheveu et la peau ethniques, venus des Ètats-Unis et d’Europe, étaient aussi présents. Le programme permet à chacun des participants de présenter ses résultats de recherche fondamentale, de recherche clinique ou de cas cliniques.

Le programme des deux journées de conférences scientifiques a débuté avec une présentation donnée par le Dr Wendy Roberts. La Robert Skin Type Classification est une classification qui permet de différencier les degrés de pigmentation chez les personnes de couleur en tenant compte des hyperpigmentations post-inflammatoires.

Des communications scientifiques ont été ensuite présentées sur la relation entre la couleur de la peau et la réponse cutanée aux rayons ultraviolets et sur la manière dont cette relation peut être utilisée pour identifier les variations importantes au niveau des couleurs de peau plus foncées. Cette étude par Sandra Del Bino-Nokin et Françoise Bernerd fait l’objet d’une description complète dans ce supplément.

Les nouvelles perspectives de la biologie du derme papillaire découvertes par Daniel Asselineau ont captivé l’auditoire. Â l’aide de modèles de peau in vitro utilisant des fibroblastes provenant de donneurs de diverses origines ethniques, il a été démontré que les fibroblastes du derme papillaire jouent un rôle essentiel dans les différences entre les types de peau africain et caucasien.

Harold Bryant a présenté les résultats d’une enquête qui montre que la perception des cheveux cassants par les femmes est liée à des habitudes de coiffage. Cette perception dépend des profils spécifiques de cassure des cheveux frisés et crépus.

Le Professeur Ajose du Nigeria a également présenté une étude remarquable sur la manière dont les maladies chroniques peuvent provoquer une régression de la structure du cheveu, de celle d’un adulte à celle d’un nouveau-né, ce qui donne une apparence soyeuse au cheveu africain. Ces observations cliniques sont de la plus haute importance pour les travaux de recherche scientifique portant sur les bases biologiques des cheveux soyeux et frisés.

Le Docteur Dlova d’Afrique du Sud a décrit des cas d’alopécie cicatricielle centrifuge centrale dans deux familles, et formulé l’hypothèse d’une cause endogène pour l’ACCC.

Dans sa communication, le Docteur Khumalo a bien décrit la transmission potentielle du VIH par les saignements liés à la coupe des cheveux chez les patients souffrant de folliculite chéloïdienne de la nuque, et le besoin d’avoir sa propre tondeuse dans certaines communautés.

Dans les présentations données par le Docteur Poli et le Docteur Kombate, les spécificités de l’acné sur les populations à peau plus foncée ont été présentées, accompagnées de riches exemples iconographiques. Elles ont souligné que les agents de blanchiment de la peau pourraient jouer un rôle chez ces populations de patients et que le diagnostic différentiel peut parfois être délicat.

Les présentations suivantes ont été consacrées à des études épidémiologiques : étude de l’Erythème Pigmente Fixéà Pointe-Noire, au Congo, par le Dr Ognongo Ibiaho et les Prinicipaux cancers dermatologiques observés à l’Hôpital universitaire de Calabar, au Nigeria, par le Dr Asuquo qui a souligné la prévalence élevée des carcinomes spinocellulaires sur la peau noire. L’étude du Docteur Keita au Mali a mis l’áccent sur la prévalence élevée et la difficulté de traiter la dermatose des plis dans les climats chauds et humides, et sur les localisations spécifiques de l’éczema et des mycoses.

En vue d’évaluer la présence de caractéristiques cliniques cutanées chez des patients souffrant de cancer de la prostate, le Docteur George du Nigeria a mené une étude contrôlée montrant que l’hypertrophie prostatique bénigne n’est pas un signe clinique spécifique. Les travaux du Professeur Faye du Mali et du Professeur Atadokpede du Bénin ont révélé les difficultés du diagnostic du prurit en Afrique en raison du manque de descriptions sémantiques de la part des patients. Ils mettent aussi en évidence l’interêt majeur du diagnostic de la xérose pour la détection précoce de l’infection par le VIH.

Le Docteur Traore du Burkina Faso a aussi montré que les tatouages temporaires au henné peuvent induire une achromie chez la population à la peau foncée.

Comme au cours des conférences précédentes, la préoccupation majeure de santé publique que constitue la dépigmentation volontaire de la peau a été largement abordée. Le Docteur Dlova a présenté des résultats pharmacologiques obtenus en Afrique du Sud. Les crèmes de blanchiment les plus vendues se sont avérées contenir des composés interdits ou illégaux tels que le mercure, les corticostéroïdes ou l’hydroquinone.

Les motivations de la dépigmentation volontaire ont aussi fait l’objet d’études antérieures par le Docteur Ly du Sénégal. Lors d’une étude plus récente, celle-ci a essayé d’identifier les motivations principales du refus de blanchiment de la peau. L’argument ambivalent du maintien d’une peau naturelle parallèlement à l’attrait d’une peau plus claire et à la pression sociale qui en découle ont également fait l’objet d’une étude approfondie.

Les discussions finales de ce workshop ont mis l’accent sur le besoin de mettre en place des mesures de prévention adéquates chez les populations à peau plus foncée et le besoin de formations et d’éducation afin d’éviter l’utilisation de substances interdites illégales et toxiques.

Conflit d’intérêts

Michèle Verschoore est employée à plein temps par L’Oréal.

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