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Contexte  Les cheveux africains, dans leur état naturel posent des problèmes tenaces de coiffage. En conséquence, une partie importante de l’industrie cosmétique africaine cherche le moyen de défriser les boucles serrées des cheveux africains afin de les rendre plus faciles à coiffer. Chez les personnes en état de malnutrition et dans des états hypoprotéinémiques, les cheveux africains se raidissent de façon peu flatteuse. Récemment, nous avons observé que certaines maladies entraînent un changement agréable de la texture des cheveux africains, qui devient ondulée et soyeuse.

Methode  Afin d’identifier les maladies qui rendent les cheveux africains soyeux, ainsi que leurs paramètres, nous avons examiné 5612 patients de dermatologie dans un hôpital tertiaire au Nigeria. Nous avons ensuite étudié les paramètres cliniques et biochimiques de base des patients pour lesquels les maladies étaient accompagnées de l’apparition de cette texture soyeuse des cheveux.

Résultat  Un changement de texture des cheveux donnant à ces derniers un aspect soyeux similaire à celui observé chez l’enfant africain nouveau-né a été observé pour 5 maladies, à savoir, le SIDA, la polyarthrite rhumatoïde, le lupus systémique, la tuberculose pulmonaire avec cachexie et la maladie de Behcet.

Conclusion  Notre étude a identifié une régression de la structure des cheveux dans 5 maladies. L’anémie caractéristique d’une maladie chronique, une vitesse de sédimentation érythrocytaire élevée et une légère hypocalcémie étaient des paramètres biochimiques significatifs. Il s’agit là d’une imporante observation qui devrait stimuler et faire avancer les travaux portant sur la nature et la structure des cheveux africains. Les causes des changements structuraux au niveau des cheveux devraient inclure ces cinq maladies.


Introduction

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La pilosité, et plus particulièrement, les cheveux, revêtent une importance plus marquée sur le plan social et psychologique que sur le plan biologique.1

Les cheveux humains sont catégorisés en 3 grands groupes, à savoir, africains, caucasiens et asiatiques, en fonction des variations morphologiques, sans pour autant se distinguer de façon importante sur le plan biochimique.1 La structure des cheveux africains2 est une ellipse aplatie, comportant des twists et un diamètre irregulier de la cuticule et de la fibre. Ils sont cassants, crépus, ressemblent à des ressorts et ont une vitesse de pousse plus lente.3 Par comparaison, les cheveux asiatiques ont une section circulaire, sont raides, plus épais, présentent une plus grande résistance à la traction et une vitesse de pousse plus rapide, alors que les cheveux caucasiens sont ovales, raides à ondulés, avec un diamètre et une résistance à la traction moyens.3

En outre, les cheveux africains ont une teneur plus faible en humidité et en lipides, d’où leur aspect terne, et le besoin d’utiliser une pommade grasse pour les faire briller.

Par conséquent, les cheveux africains à l’état naturel posent des problèmes de coiffage.4 La plupart des personnes ayant un type de cheveu africain ne sont pas satisfaites de l’état naturel de leurs cheveux. De nombreuses heures et des sommes importantes sont consacrées à faciliter le coiffage des cheveux africains.5

Au fil des années, les pratiques en terme de soins et de coiffage des cheveux africains4 ont inclus le lissage thermique, le lissage chimique, le tissage de cheveux et les extensions, les styles afro naturels, les tresses, torsades et mèches. Toutes les pratiques de soins des cheveux, hormis l’état naturel, rendent les cheveux africains encore plus cassants et fragiles.6

Le défrisage chimique et les differents styles de tressage représentent actuellement à 80% des activités des salons de coiffure africains.7 Le «Jheri Curl»5était un style populaire de défrisage chimique des cheveux qui donnait à la personne qui le portait des cheveux légèrement bouclés et brillants. Le processus en deux parties consistait en un produit chimique défrisant, servant à défriser les boucles serrées, suivi d’un autre produit chimique servant à obtenir des boucles plus larges. Ces produits chimiques doivent être réappliqués au fur et à mesure de la pousse de nouveaux cheveux. Ce processus rendait les cheveux africains extrêmement cassants et secs et des heures et un budget importants étaient nécessaires pour maintenir ce style de coiffure.

Ce type de structure de considérables cheveux associé au style Jheri Curl est ce que nous avons observé dans les états pathologiques de notre étude.

En revanche, la majorité des bébés africains ne sont pas nés avec des boucles serrées et comme des ressorts; à sa naissance, l’enfant africain soit n’a pas de cheveux, soit a des cheveux légèrement bouclés et soyeux (Fig. 1) similaires aux boucles obtenues avec le style Jheri Curl. Les boucles serrées ressemblant à des ressorts apparaissent dans la première année de vie, mais quelques Africains conservent leur type de cheveux soyeux tout le reste de leur vie.

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Figure 1.  Chevelure d’enfant africain à la naissance

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Objectif

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Identifier les maladies qui rendent les cheveux africains soyeux et comprendre leurs paramètres cliniques et biochimiques.

Méthode

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Il s’agissait d’une étude de cohorte prospective menée chez 5612 patients s’étant présentés au service de dermatologie pour adultes de l’hôpital universitaire national de Lagos, à Lagos au Nigeria (LASUTH) entre 2004 et 2009, et qui ont accepté de participer à cette étude.

Les données démographiques ont été recueillies. Tous les patients ont été examinés par l’auteur, afin d’évaluer l’aspect de la pilosité entièrement. Les investigations ont inclus le statut d’infection rétrovirale, la formule sanguine complète et la vitesse de sédimentation érythrocytaire (VS), les paramètres biochimiques, l’observation microscopique des cheveux, des biopsies cutanées et la numération CD4 chez les patients présentant une infection rétrovirale.

Cette étude a été approuvée par le comité d’éthique de l’hôpital.

Résultats

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Cinq maladies chroniques se sont avérées être associées à l’apparition d’une pilosité soyeuse dans notre cohorte, à savoir, le syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) (Fig. 2a,b), la polyarthrite rhumatoïde (PR) (Fig. 3a,b), le lupus systémique érythémateux (LSE) (Fig. 4a,b), la tuberculose pulmonaire avec cachexie (TBPc) (Fig. 5), et la maladie de Behcet (MB).

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Figure 2.  (a) Chevelure devenue soyeuse chez homme de 27 ans atteint de SIDA. (b) Chevelure devenue soyeuse chez une patiente de 17 ans atteint de SIDA

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Figure 3.  (a) Chevelure devenue soyeuse chez un homme de 27 ans atteint de polyarthrite rhumatoïde. (b) Photo de patient avec cuir chevelu sain et montrant zone biopsiée

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Figure 4.  (a) Chevelure devenue soyeuse chez une femme de 17 ans atteinte de lupus systémique. (b) Méme patient au moment de l’effluvium télogène

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Figure 5.  Patiente de 16 ans avec tuberculose pulmonaire et cachexie

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Au total, 338 patients âgés de 16 à 68 ans présentaient l’une des ces 5 pathologies sur la période d’étude de 5 ans, et parmi ces patients, 86 (29.8%) avaient une pilosité de texture soyeuse, dans un rapport hommes/femmes de 2:3 (Tableau 1).

Table 1.   Données diagnostiques et démographiques des 86 patients présentant une modification de la texture des cheveux, vus dans un service de dermatologie au Nigeria, 2004–2009
DiagnosticTotalTranche d’âgesPatients ayant des cheveux soyeux
Nombre%HommesFemmes
Infection par le virus d’immunodéficience humaine (VIH)29517–6869231356
Polyarthrite rhumatoïde1225–4254223
TBP avec cachexie616–3223302
Lupus systémique érythémateux1519–2364006
Maladie de Behcet1018–4444013

Parmi les patients atteints du SIDA, 30% (89/295) avaient un taux de CD4 inférieur à 100/mm3à un moment donné de leur maladie. Parmi ce groupe, 78% (69/89) avaient des cheveux soyeux. La persistance des cheveux soyeux des nouveaux nés à l’âge adulte a été observée chez 0.5% (30/5612) des patients de notre cohorte.

Cette modification de pilositéétait insidieuse dans le cas du SIDA et de la MB, car elle est apparue de façon spectaculaire, après un épisode soudain d’effluvium télogène dans la PR, la TBPc et le LSE. La majorité des patients atteints du SIDA et de MB ont observé une facilité soudaine pour se peigner, et un désépaississement des cheveux, mais ont déclaré ne pas avoir remarqué de chute excessive de leurs cheveux. La plupart d’entre eux se sont inquiétés de ces changements brusques au niveau de leur pilosité et ont décidé de se raser immédiatement la tête, mais quelques-uns ont accepté cette situation et appliqué de l’huile pour bébé afin d’obtenir le style Jheri Curl. Les cas de PR, de TBPc et de LES ont connu une courte période d’effluve télogène et anagène avant le commencement de la pousse de pilosités soyeuses (Fig. 4b).

Cette modification de la pilosité a aussi concerné les pilosités thoracique et corporelle et chez 4 patients atteints du SIDA, elle a également concerné la pilosité pubienne.

Aucune anomalie n’a été observée sur le cuir chevelu des patients ayant présenté cette pilosité soyeuse. La couleur des cheveux, leur brillance, et leur résistance à la traction ont été préservées une fois devenus soyeux. les traitements antiretroviraux du SIDA n’ont pas inversé la modification de la pilosité, mais après la guérison de la tuberculose, la structure des cheveux est redevenue normale. La prépondérance féminine était dans un rapport de 2:3.

Une étude histologique (Fig. 6a–c) a été réalisée chez un patient atteint de PR et a conclu à«une peau velue avec une zone dépourvue de poils terminaux, qui semble suggérer totalement une alopécie cicatricielle mais sans inflammation et sans aucun indice pathogénique.

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Figure 6.  (a), (b), (c) Histologie du cuir chevelu du patient de la figure 3 (a) et 3 (b) montrant la perte de cheveux terminaux, suggerant une alopécie cicatricielle sans signe d’inflammation ni anomalie du cuir chevelu

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La morphologie de l’échantillon de cheveux provenant du même patient n’a montré«aucune anomalie».

Les indices hématologiques et la biochimie sérique de tous les patients sont présentés dans le Tableau 2.

Table 2.   Moyenne des paramètres biochimiques de base chez 86 patients présentant le changement de texture capillaire de type soyeux, vus dans un service de dermatologie au Nigeria, 2004–2009
ParamètresVIHPolyarthrite rhumatoïdeMaladie de behcetLSETBP
Anémie Hb < 12 g pour les femmes et <13.5 g pour les hommesMicrocytique hypochromeNormocytique N/chromeNormocytique N/chromeNormocytique N/chromeNormocytique N/chrome
VSE>100>10025–15095–>10085–110
Numération leucocytaire = 3–10 000FaibleFaible à normale2.5–6.2FaibleFaible
Plaquettes = 100–40 000FaibleAugmentation >30%NormaleFaible à normaleLimite supérieure de la normale
Protéines seriques totales = 6.6–8.7 g/dlFaibles à normalesÉlevéesNormalesÉlevéesLimite supérieure de la normale (taux élevé de gamma globuline)
Calcium sérique N = 2.5–2.55 mg/dlFaible à normalFaibleNormalFaible à normalFaible

Les 5 maladies en question ont en commun le fait d’être chroniques, l’anémie caractéristique des pathologies chroniques, une VS élevée, et un certain degré d’immunosuppression.

Discussion

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L’effluvium télogène est connu pour accompagner les maladies auto-immunes mais la nature de la repousse pileuse n’a pas été suffisamment étudiée.

L’apparition de cheveux raides a été rapportée chez les patients africains atteints du SIDA,8–11 mais nous n’avons pas trouvé de cas en relation avec les 4 autres maladies que nous avons étudiées. Un cas de cheveux caucasiens devenus crépus a également été rapporté par Dawber,12 suite à une maladie fébrile aiguë chez un couple de vrais jumeaux, mais il n’a pas été précisé si cet effet était temporaire ou permanent.

Il a étéétabli que le degré d’ondulation des cheveux est déterminé au niveau du bulbe du follicule pileux13 avec participation active de la transglutaminase des follicules pileux (HFT).14 Quel facteur commun existe-t-il entre la programmation du degré d’ondulation des cheveux africains et ces cinq maladies? L’histologie15 semble indiquer qu’il ne s’agit pas d’un processus cellulaire. Nous allons peut-être devoir examiner les processus biochimiques au niveau du derme périfolliculaire chez ces patients. Peut-être qu’un élément chimique inhibe l’effet catalytique de la HFT. Nous aurions besoin de techniques histochimiques plus sophistiquées que celles à notre disposition pour le déterminer.

Conclusion

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Nous avons identifié une régression des cheveux africains vers la structure néonatale caractérisée par une pilosité soyeuse à boucles souples chez des patients atteints du SIDA, de polyarthrite rhumatoïde, de lupus systémique érythémateux, de maladie de Behcet et de tuberculose pulmonaire avec cachexie. L’anémie caractéristique des maladies chroniques, une VS élevée et une légère hypocalcémie constituaient des paramètres biochimiques significatifs. Le taux de protéines sériques n’a pas sembléêtre significatif. Ces maladies pourraient être incorporées à la liste des causes d’alopécie sans anomalie du cuir chevelu. L’étiologie de ce phénomène est à ce jour inconnue. Nous espérons que cette observation stimulera et fera avancer les travaux portant sur la nature et la structure des cheveux africains.

Remerciements

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  10. Références

Dr Eduardo Calonje, Directeur de dermatopathologie diagnostique, St John’s Institute of Dermatology, St Thomas’ Hospital, Londres, pour le compte-rendu dermatologique.

Références

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