Diagnostics différentiels de l’acné du visage sur peau noire

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  • Conflit d'intéréts: Pas déclaré

2, rue du cherche midi, 75006 Paris France

Résumé

Le diagnostic d’acné est habituellement facile, certains pièges sont néanmoins àéviter. « L’ acné chéloïdienne de la nuque » et la folliculite de la barbe ne sont pas des acnés au sens propre: ce sont toutes deux des réactions inflammatoires puis fibreuses des follicules porteurs de cheveux et poils crépus, il n’y a pas de lésions rétentionnelles – comédons et microkystes- visibles. Les folliculites à gram négatifs surviennent classiquement chez les sujets masculins acnéiques traités de façon prolongée par antibiothérapie générales ou antiseptiques locaux, mais il existe des cas « de novo ». Sur peau noire, cette affection n’est pas exceptionnelle, elle survient dans les deux sexes et prend habituellement la forme nodulaire. Devant toute aggravation d’une acné, résistante au traitement classique, comportant des nodules douloureux des joues, le diagnostic est àévoquer. Le traitement repose sur une antibiothérapie adaptée pendant plusieurs semaines et éventuellement dans un deuxième temps sur l’Isotrétinoïne. Les folliculites pityrosporiques sont localisées principalement sur le tronc. Plus fréquente chez l’homme que chez la femme, elles s’observent sur-tout chez les sujets vivants en climat chaud et humide. La démodécie se manifeste par des poussées de lésions papuleuses ou papulo-pustuleuses du visage. Sur peau noire, le principal diagnostic différentiel est l’acné. La présence de nombreux parasites est nécessaire au diagnostic. Cliniquement, un signe important est l’atteinte des paupières. L’Ivermectine est efficace. Une dermatose acnéiforme peut être induite par les préparations dépigmentantes contenant des dermocorticoïdes puissants. Il est donc important, devant une acné très inflammatoire, de rechercher les autres signes cliniques de la dépigmentation volontaire. L’hydradénite du visage et du dos peut être confondue avec une acné nodulaire. En pays d’endémie, il faut penser à la lèpre lépromateuse. D’autres dermatoses courantes peuvent simuler une acné ou bien lui être associées, comme les hidradénomes éruptifs ou les molluscum contagiosum, L’analyse des différentes lésions élémentaires et l’absence de lésions rétentionnelles permet en général de rétablir le diagnostic.

L’acné est très fréquente chez les Africains. En France, chez les sujets à peau noire d’origine africaine et antil-laise, elle est le premier motif de consultation (29%).1 L’acné est une maladie inflammatoire chronique du follicule pilosébacé. Elle atteint 80% des adolescents. L’acné sur peau noire est principalement inflammatoire car la précocité de la réaction inflammatoire, mise en évidence histologiquement, peut parfois rendre moins visibles les lésions rétentionnelles. Les papulopustules sont prédominantes Les nodules ne sont pas fréquents; lorsqu’ils sont présents ils peuvent être associés à des cicatrices chéloïdes. La simultanéité de lésions inflammatoires, papules et pustules, et rétentionnelles, comédons et microkystes, est obligatoire pour faire le diagnostic d’acné. Sur peau noire, les pigmentations post-inflammatoires sont constantes, souvent au premier plan et constituent fréquemment le motif de consultation principal, avant celui de l’acné. C’est sur leur importance que les sujets à peau pigmentée jugent la sévérité de leur acné car elles entrainent un handicap social important.2,3 Le diagnostic d’acné est habituellement facile, certains pièges sont néanmoins àéviter.

L’« acné chéloïdienne de la nuque » et la folliculite de la barbe ne sont pas des acnés au sens propre: ce sont toutes deux des réactions inflammatoires puis fibreuses des follicules porteurs de cheveux et poils crépus. Les lésions inflammatoires chroniques aboutissent à des cicatrices hypertrophiques surtout sur la nuque. Il n’y a pas de lésions rétentionnelles, comédons et microkystes, visibles. Ces deux entités ne posent guère de problème de diagnostic différentiel.4

Les folliculites à gram négatif, les folliculites à pityrosporum et les démodécies peuvent être confondues avec des acnés.

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[  Folliculite à demodex. ]

Les folliculites à gram négatifs surviennent classiquement chez les sujets masculins acnéiques traités de façon prolongée par antibiothérapie générale ou antiseptiques locaux, mais il existe des cas « de novo ». Deux variétés ont été décrites: le type I caractérisé par de pustules superficielles de la région péribuccale et péri-narinaire et le type II plus rare, fait de nodules des joues inflammatoires et douloureux. Les germes les plus souvent rencontrés sont Klebsiella, Escherichia coli, Enterobacter, et Proteus dans les formes nodulaires. Sur peau noire, cette affection n’est pas exceptionnelle, elle survient chez les deux sexes et prend habituellement la forme nodulaire. Devant toute aggravation d’une acné, résistante au traitement classique, comportant des nodules douloureux des joues, le diagnostic est àévoquer. Le traitement repose sur une antibiothérapie adaptée pendant plusieurs semaines et éventuellement, dans un deuxième temps, sur l’Isotrétinoïne.5,6

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[  Folliculite à pityrosporum. ]

Les folliculites pityrosporiques sont localisées principalement sur le tronc. Elles sont caractérisées par des papules et des pustules folliculaires superficielles souvent prurigineuses. Plus fréquentes chez l’homme que chez la femme, elles s’observent surtout chez les sujets vivants en climat chaud et humide. L’absence de comédons et l’aspect monomorphe doivent faire évoquer le diagnostic. L’examen mycologique met en évidence la présence de Malassezia dans 90% des cas. Les Imidazolés topiques et éventuellement systémiques sont le traitement usuel mais les rechutes sont fréquentes.7

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[  Folliculite à Gram négatif. ]

La démodécie se manifeste par des poussées de lésions papuleuses ou papulo-pustuleuses du visage, il n’y a pas de comédons. Sur peau noire, le principal diagnostic différentiel est l’acné et non la rosacée. Chez le sujet africain, la rosacée n’est pas fréquente; de plus, l’érythème, absent sur peau noire, perd sa valeur sémiologique. Cliniquement, il faut évoquer le diagnostic devant une éruption acnéiforme du visage, prurigineuse, sans lésions rétentionnelles. Un signe important est l’atteinte fréquente des paupières. Un simple grattage des papules avec un étalement sur lame permet de visualiser les demodex et de quantifier les parasites. La présence de parasites en grand nombre, signant le caractère pathologique, est nécessaire à l’établissement du diagnostic. Le traitement par métronidazole ou d’autres antiparasitaires topiques est décevant, l’Ivermectine est efficace.8

La dermite aux corticoïdes est une dermatose acnéiforme qui peut être induite par les préparations dépigmentantes contenant des dermocorticoïdes puissants. Ces préparations étant fréquemment utilisées par les africaines comme éclaircissant ou pour tenter d’effacer des pigmentations post-acnéiques, il peut s’établir un cercle vicieux, source de confusions diagnostiques et thérapeutiques Il est donc important, devant une acné très inflammatoire, de rechercher les autres signes cliniques de la dépigmentation volontaire (vergetures, pigmentation en bande des mains…) afin d’avoir une prise en charge adaptée.9

Les autres « acnés » d’origine médicamenteuse (corticoïdes, Rimifon, Lithium, allogènes, anti anti-EGF…) doivent être évoquées devant une éruption papulo-pustuleuse monomorphe, sans comédons. Ce ne sont pas des acnés mais plutôt des folliculites médicamenteuses.

L’hidradénite suppurée (HS) du visage et du dos peut être confondue avec une acné nodulaire. L’aspect classique est celui de nodules et d’abcès suppuratifs chroniques ou récidivants dans les zones où siègent les glandes apocrines. L’atteinte du visage et du dos doit être connue, elle est le plus souvent associée à l’atteinte des localisations classiques mais peut être isolée. L’HS du visage et du dos est caractérisée par la présence de poches inflammatoires et de nodules coalescents douloureux qui laissent des cicatrices arrondies à l’emporte-pièce et des cicatrices en relief, « en cordes ». Il peut y avoir des comédons. Cet aspect fait évoquer une acné grave et un traitement par Isotrétinoïne est prescrit ce qui entraine habituellement une aggravation avec apparition ou augmentation des nodules et poches inflammatoires douloureux. L’association rifampicine 600 mg et clindamycine 600 mg pendant 10 semaines est efficace sur la poussée inflammatoire; un traitement d’entretien par 200 mg de doxycycline est nécessaire.10

La lèpre lépromateuse nodulaire du visage est un diagnostic différentiel fréquent en pays d’endémie.

D’autres dermatoses courantes peuvent simuler une acné ou bien lui être associées, comme les hidradénomes éruptifs ou les molluscums contagiosums.

L’acné sur peau noire étant très fréquente, il ne faut pas faire ce diagnostic devant toute dermatose inflammatoire du visage et du dos. L’analyse des différentes lésions élémentaires, l’absence de lésions rétentionnelles et l’évolution permettent en général de rétablir le diagnostic.

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