Etude épidémiologique de L’Erythème Pigmenté Fixe à Pointe-Noire

Authors


Albert Noël Ognongo-Ibiaho
BP: 5309 Pointe-Noire
Republique du Congo
E-mail: onognongoibiaho@yahoo.fr

Résumé

Une étude prospective a été menée sur une période de 27 mois, afin de déterminer le profil épidémiologique de l’Erythème pigmenté fixe (EPF) observé au cours d’une consultation dermatologique à Pointe -Noire. Au cours de la période d’étude 54 sur 9070 consultants (0,6%) ont souffert d’EPF diagnostiqué cliniquement. Les variables étudiés étaient: L’âge, le sexe, le médicament, le point de vente. L’âge moyen de survenue était de 30 ans. La fréquence de survenue était plus élevée dans le sexe masculin (38 patients) que dans le sexe féminin (16 patients). Les médicaments incriminés étaient: Les sulfamides (48 patients) dont Cotrimoxazole (45 patients) et Sulfadoxine et Pyrémethanine (three patients) Coartem® + Doliprane® (one patient), Chloramphenicol® (one patient), Amidol® (one patient), Duocotexin® + Paracétamol® (one patient), Surquina® (one patient), Amodiaquine® (one patient). Le point de vente était illicite (vendeurs ambulants, marchés) chez 44 patients chez 10 patients, il était licite (pharmacies). Cette étude montre que le Cotrimoxazole acheté dans les points de vente illicites est la principale étiologie de l’EPF dans le service. Ce qui confirme que ces médicaments sont contrefaits. L’implication des dermatologues dans la lutte contre la vente illicite des médicaments contrefaits est à privilégier.

Introduction

L’Erythème pigmenté fixe est défini comme une éruption récurrente laissant une pigmentation résiduelle.

L’Erythème pigmenté fixe est pathognomonique d’éruption médicamenteuse.

Les médicaments de qualité inférieure et contrefaits sont un phénomène mondial et constituent un problème grave. D’après l’OMS:

  • Un médicament contrefait est un produit dont la composition et les principes actifs ne répondent pas aux normes scientifiques. Il est par conséquent inefficace et surtout dangereux pour les patients. Les statistiques de l’OMS estiment que:
  • 60% des médicaments contrefaits concernent les pays pauvres et 40% les pays industrialisés.
  • La contrefaçon peut concerner les spécialités et les génériques.
  • L’insuffisance ou le manque de législation pharmaceutique et la pauvreté favorisent la vente illicite des médicaments contrefaits.

Le but de ce travail était de déterminer le profil épidémiologique de L’Erythème pigmenté fixe à Pointe-Noire.

Patients et methodes

Il s’agit d’une étude prospective menée sur une période de 27 mois (entre Décembre 2005 et Février 2008), dans le service de Dermatologie de l’Hôpital Régional des Armées de Pointe-Noire, ville portuaire, capitale économique de la République du Congo en Afrique Centrale.

Notre travail a porté sur l’étude des dossiers de cas d’Erythème pigmenté fixe diagnostiqués cliniquement.

Les variables étudiées étaient:

  • L’âge, le sexe, le médicament, le point de vente.

Resultats

Au cours de la période d’étude, 9.070 patients ont été reçus en consultation. 54 patients ont consulté pour l’Erythème Pigmenté Fixe, ce qui représente 0.6% de consultations (Tableau 1).

Table 1.   Répartition de l’Erythème pigmenté fixe selon l’âge et le sexe
Age (ans)Sexe masculin (n = 38)Sexe féminin (n = 16)Total
0–9606
10–19325
20–2912719
30–395510
40–49606
50–59516
60–69112
Total381654

La fréquence des cas se repartit ainsi :

  • 1Décembre 2005 : 3 cas, Janvier 2006-Décembre 2006: 17 cas, et
  • 2Janvier 2007–Décembre 2007: 24 cas, Janvier 2008–Février 2008: 10 cas.

L’âge moyen de survenue de L’Erythème Pigmenté Fixe à Pointe-Noire était de 30 ans avec des extrêmes de 4 et 67 ans.

La fréquence de l’Erythème Pigmenté Fixe était plus élevée dans le sexe masculin (38patients) que dans le sexe féminin (16 patientes).

Table 2.   Fréquence de l’ Erythème pigmenté fixe selon les sulfamides
SulfamidesEPF (n=48)Fréquence (%)
Sulfaméthoxazole et Triméthoprine (Cotrimoxazole)4583.3
Sulfadoxine et Pyrémethanine35.7

Les sulfamides ont été incriminés chez 48 patients (89%) dont le point de vente (marchés ou vendeurs ambulants) était illicite chez 42 patients (87.5%) (Tableau 3). Chez 45 patients (83.3%), l’Erythème pigmenté fixe était imputable au Sulfaméthoxazole et triméthoprine (Cotrimoxazole) (Tableau 2).

Table 3.   Répartition de L’Erythème pigmente fixe selon le médicament
 Lieu d’Approvisionnement  
MédicamentsIllicite (Vendeursambulants, marchés)Licite (pharmacies)EPF (n=54)Fréquence (%)
Sulfamides4264889
Coartem® + Doliprane® 110.18
Chloramphenicol®1 10.18
Amidol®1 10.18
Duocotexin® + Paracétamol® 110.18
Surquina® 110.18
Amodiquiane® 110.18
Total441054 

La majorité des patients (44 soit 81.5%) se sont approvisionnés dans un point de vente illicite, (marchés, vendeurs ambulants) et seulement 10 patients soit 18.5% se sont approvisionnés dans un coin de vente licite (pharmacies) (Tableau 4).

Table 4.   Fréquence de l’Érythème pigmenté fixe selon le lieu d’approvisionnement
Lieu d’approvisionnementEPF (n=54)Fréquence (%)
Illicite (vendeurs ambulants, marchés)4481.5
Licite (pharmacies)1018.5

Discussion

Notre étude a permis d’évaluer la prévalence et l’incidence de L’Erythème pigmenté fixe, vu en consultation à Pointe–Noire. Toutefois notre travail ne peut constituer une étude exhaustive.

De nombreux cas peuvent nous échapper, soit parce qu’ils ne consultent pas du tout, soit parce qu’ils consultent dans les formations sanitaires dépourvues de dermatologues. L’évolution mondiale en matière de contrefaçon de médicaments est inquiétante.

Les médicaments contrefaits constituent une véritable épidémie silencieuse.

Les études montrent que: 60 à 80% des Congolais n’ont pas accès aux médicaments de qualitéà cause de la pauvreté.1

Dans notre étude les sulfamides antibactériens et les points de vente illicites représentent la principale étiologie des Erythèmes pigmentés fixes (89%).

En zone tropicale, les médicaments responsables de l’Erythème pigmenté fixe sont les cyclines, les sulfamides, la disulone, les barbituriques, les pyrazolés et l’acide acétylsalicylique.2

Le lieu d’approvisionnement illicite (vendeurs ambulants, marchés) incriminé dans la survenue de 81.4% des Erythèmes pigmentés fixes confirme que ces médicaments sont contrefaits.

Conclusion

Notre étude montre que le Sulfaméthoxazole-trimetropine (Cotrimoxazole), acheté dans des lieux d’approvisionnement illicites: vendeurs ambulants, marchés est la principale étiologie d’Erythème pigmenté fixe.

L’implication des dermatologues dans les campagnes d’Information, Education et Communication (IEC) contre la vente illicite des médicaments contrefaits est à privilégier. face à ce problème de santé publique.

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