Achromie vitiligoïde après un tatouage temporaire

Authors


  • Conflit d'intérêts: Pas déclaré.

Nina Korsaga-Somé, MD
Assistante de Dermatologie-Vénérélogie
Service de Dermatologie Vénérélogie du Centre Hospitalier Yalgado Ouédraogo
10 BP 269 Ouagadougou 10,
Burkina Faso
E-mail: nessine2000@yahoo.fr

Introduction

La pratique du tatouage représente une forme de décoration permanente ou temporaire qui est une façon d’exprimer son individualité et son identité, un rite de passage et, plus récemment, une forme de maquillage pour les femmes. En effet, au Burkina Faso la pratique du tatouage temporaire des sourcils, comme maquillage (Fig. 1), est actuellement très à la mode chez les femmes. Si dans la tradition le tatouage se faisait au henné avec très rarement des effets secondaires, de nos jours la tendance est d’utiliser de nouveaux produits importés, notamment de Chine. Ces nouveaux produits sont responsables d’effets indésirables de plus en plus observés dans notre contexte. Nous rapportons un cas d’achromie vitiligoïde après un tatouage à l’un de ces produits.

Figure 1.

 Tatouage temporaire esthétique des sourcils

Observation

Une jeune fille de 16 ans s’était fait faire un tatouage décoratif sur la région des sourcils (après rasage des sourcils), la glabelle, le dos de la main gauche et le dos des deux pieds, en vue d’une cérémonie de mariage. La patiente n’était pas à son premier tatouage. Le produit utiliséétait un colorant capillaire contenant de la paraphénylènediamine (PPD) importé de Chine. Cinq jours après ce tatouage, apparaissait une achromie localisée uniquement sur les zones tatouées. La patiente n’avait pas d’antécédent particulier et était en bon état général. L’examen dermatologique notait une achromie dessinant la région des sourcils (Fig. 2), avec une canitie de certains sourcils, une bande linéaire achromique (0,5 cm de large sur 3 cm de long) sur la glabelle (Fig. 2) et des lésions achromiques dessinant une fleur sur le dos de la main gauche et le dos des deux pieds (Fig. 3), correspondant aux zones de tatouage. L’examen des autres appareils était sans particularité. La glycémie et la numération formule sanguine étaient normales, le bilan thyroïdien n’a pu être fait faute de moyens financiers. L’évolution était marquée au contrôle du 3ème mois par un assombrissement des lésions du dos de la main gauche et des pieds. La patiente a été perdue de vue après 3 mois de suivi.

Figure 2.

 Lésions vitiligoïdes dessinant la zone des sourcils et une petite bande linéaire verticale sur la glabelle

Figure 3.

 Lésions vitiligoïdes dessinant les formes du tatouage aux pieds et à la main gauche. Le produit incriminé est visible à gauche

Discussion

Traditionnellement, le produit utilisé pour le tatouage dans notre contexte social et culturel était le henné. Mais le henné naturel se caractérise par une couleur orange à rouge/marron et un délai d’application long sur la peau (2 à 12 heures).1 Ces inconvénients ont favorisé l’usage de nouveaux produits plus aisés d’utilisation et dont les effets sont plus rapides et plus intenses. Ces nouveaux produits importés de Chine sont en fait des teintures capillaires contenant de la PPD (Fig. 3). L’engouement des femmes « Ouagalaises » pour le tatouage temporaire (durée moyenne de 2 à 3 semaines) des sourcils (Fig. 1) pourrait s’expliquer par les avantages liés à la facilité de réalisation, au gain de temps économisé sur le maquillage quotidien et aussi au faible coût relatif à cette pratique. Le tatouage des sourcils est en effet un maquillage qui tient quelle que soit l’heure de la journée, après une séance de toilette, de sport et même après le sommeil. Mais la PPD contenue dans ces produits utilisés dans les salons de coiffure de la ville de Ouagadougou pour le tatouage temporaire des sourcils est un puissant sensibilisant du groupe des paraaminobenzènes, responsable de nombreuses réactions: allergiques,1,2 lichénoïde3 et plus exceptionnellement de réaction d’hypersensibilité immédiate (urticaire, angioedème, choc anaphylactique).4–6 La concentration en PPD dans certains mélanges s’élèverait jusqu’à près de 16% voire plus, bien au-delà des 6% autorisés.7 Ce nouveau cas d’effet indésirable à type d’achromie vitiligoïde (Figs 2 et 3) est rarement décrit. La réaction observée pourrait être due à la présence de la PPD, la patiente ayant pu se sensibiliser lors des précédents tatouages. La réalisation de patch tests à la PPD aurait permis de confirmer cette hypothèse. Il pourrait également s’agir d’un phénomène de Köbner vitiligoïde sur tatouage. Le phénomène de Köbner est une réaction isomorphique de la peau reproduisant, après traumatisme, la lésion caractéristique de l’affection dont souffre le patient.8 Le phénomène de Köbner au cours du vitiligo est bien connu.9 Les conséquences psycho-sociales induites par le vitiligo sont souvent importantes.9 Cette conséquence inesthétique avait effectivement altéré la qualité de vie de notre patiente.

Conclusion

Les complications inhérentes aux pratiques de tatouage sont réelles et non négligeables. Certes, la demande est de plus en plus forte mais elle ne doit pas faire perdre de vue les risques encourus. Une meilleure législation sur la pratique du tatouage temporaire et un contrôle strict des préparations utilisées sont indispensables ainsi qu’une information régulière annuelle du grand public. Le Ministère de la santé pourrait proposer un guide de bonnes pratiques pour les salons de coiffure qui pratiquent le tatouage et faire une large information de la population sur les risques des tatouages, en particulier auprès des adolescentes, notamment dans les établissements d’enseignement, par documents écrits et conseils oraux.

Ancillary