La frontière asymétrique : Franco-Ontariens et Anglo-Québécois dans la région de la capitale nationale

Authors


Anne Gilbert, Département de géographie, Université d’Ottawa, 165 rue Waller, Ottawa, ON K1N 6N5. Email/Courriel: agilbert@uottawa.ca

Abstract

Les minorités francophone et anglophone de Gatineau-Ottawa jouiraient d’une localisation privilégiée. À proximité d’espaces majoritaires, leurs membres n’auraient qu’à traverser la frontière Québec-Ontario pour avoir accès aux ressources nécessaires pour vivre dans leur langue et transmettre leur culture. Une analyse qualitative du discours que les Anglo-Québécois et les Franco-Ontariens tiennent au sujet de leur vie quotidienne dans la région de la capitale nationale montre toutefois que la frontière a des effets plus complexes, multiples et souvent contradictoires. Quatre types de manifestations de la frontière retiennent notre attention dans cet article : (1) la frontière est à la fois transparente pour que l’on puisse circuler sans ambages de part et d’autre de la rivière des Outaouais dans certains contextes et opaque dans d’autres; (2) on transcende la minorisation en utilisant la frontière de façon stratégique; (3) la géographie polytopique qu’elle induit crée, sur le plan de l’imaginaire, un territoire aux formes inédites, dans lequel la frontière se fait souvent mobile; et (4) la frontière peut enfin être spéculaire quand la rencontre qu’elle suscite met les Anglo-Québécois et les Franco-Ontariens face à une interrogation identitaire qui ne serait sûrement pas aussi profonde en son absence. La comparaison des minorités anglo-québécoise et franco-ontarienne permet de mettre en lumière le caractère asymétrique des effets sur le plan du vécu quotidien, de leur identité et de leur appartenance.

Abstract

The asymmetrical frontier: Franco-Ontarians and Anglo-Quebeckers in the Nation's Capital Region

The francophone and anglophone minorities of Gatineau-Ottawa appear to benefit from a privileged location. Living very close to their respective majorities, they simply have to cross the border in order to access resources to live in their own language and share their culture. However, a qualitative analysis of the discourse by Anglo-Quebeckers and Franco-Ontarians about their everyday life in the Nation's Capital Region shows that the border has more complex and often contradictory effects. In this article, we focus our attention on four particular manifestations of the border: (1) the border is transparent so that one can cross the Ottawa River without hindrance in certain contexts yet rather opaque in others; (2) one may transcend minority status through the strategic use of the border; (3) it creates a multi-topic imaginary geography in which the border itself often becomes mobile; and (4) finally, the border can act as a mirror when the cross-cultural intermixing it allows causes the Anglo-Quebeckers and Franco-Ontarians to question their identities, a questioning which would not be as intense in the absence of the border. The comparison of these two minorities makes it possible to highlight the asymmetrical nature of the effects of the border on their everyday life, identities, and sense of belonging.

Ancillary