Pluralisme identitaire et nation unitaire en Suisse

Le discours des acteurs politiques locaux dans les cantons bilingues à l’aune du débat québécois

Authors


  • Détenteur d’un doctorat de germanistique (Strasbourg) et d’un DEA d’histoire (IEP Paris), Manuel Meune est professeur au Département de littératures et de langues modernes de l’Université de Montréal. Parallèlement à ses travaux sur la Suisse, il s’est consacréà l’immigration germanophone au Canada et aux regards croisés entre Allemagne et Canada.

Adresse de correspondance: Université de Montréal, Faculté des arts et sciences, Département de littératures et de langues modernes, CP 6128, succ. Centre-ville, Montréal QC H3C 3J7, Canada; téléphone: +1 514 343 6235; courriel:manuel.meune@umontreal.ca

Abstract

Résumé:  L’article s’interroge sur l’absence, en Suisse, d’un mouvement national interne qui s’opposerait au récit national fédéral. L’auto-désignation comme nation, au sein de pays plurilingues comme le Canada, est l’indice de tensions linguistiques fortes, mais en Suisse, seul le concept de « communauté linguistique » se réfère à l’échelon ethnolinguistique. Même si les émotions identitaires et le rapport au territoire dans le canton de Fribourg rappellent la situation québécoise, les conflits linguistiques sont réglés exclusivement au niveau cantonal. Pour qu’émerge un discours national « infra-suisse », il faudrait que l’appartenance romande ou alémanique soit considérée comme particulièrement centrale. Or, notre enquête auprès de 962 conseillers communaux de cantons bilingues montre que l’affiliation linguistique est importante et modèle les comportements politiques, mais qu’elle ne concurrence pas l’identification cantonale (particulièrement forte en Valais) ou l’identification suisse. Pour des raisons qui tiennent à l’histoire et à la géographie linguistique, la Suisse demeure une nation unitaire.

Identity Pluralism and Unitary Nation in Switzerland

The paper examines the lack of an internal national movement in Switzerland, due to the strength of federal national narrative. Within multilingual countries like Canada, the self-designation as a nation is a sign of acute language tensions, but in Switzerland, the concept of « linguistic community » is the only one which refers to the ethno-linguistic level. Although identity-based emotions as well as the relationship to territory in the canton of Fribourg remind us of the situation in Quebec, language conflicts are resolved exclusively at cantonal level. The emergence of an « infra-Swiss » national discourse could only occur if the sense of belonging to a French Swiss or a German Swiss group were seen as particularly central. Yet, our survey of 962 municipal councilors in bilingual cantons shows that language affiliation is certainly important by shaping political behavior, but this affiliation does not compete with cantonal identification (which is particularly strong in Valais) or Swiss identification. For reasons related to history and linguistic geography, Switzerland remains a unitary nation.

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