Anthropologle économique des communautés indigenes de la Sierra Norte de Puebla (Mexique) I: Les villages de basse montagne

Authors


  • *Les données qui servent de base au présent article (dont la seconde partie sera publiée dans un numéro ultérieur) ont été recueillies par un groupe de recherche des Universités Laval et de Montréal au cours de trois saisons de travail sur le terrain (étés 1969, 1970, 1971). Cette recherche a été rendue possible grace à une subvention du Conseil des Arts du Canada. Nous tenons à remercier la Section d'Ethnographie du Museo Nacional de Antropologia de Mexico, le Centra Coordinator Nahua-Totonaco, de Zacapoaxtla, et la Mission Archéologique et Ethnologique française au Mexique, pour l'aide qu'ils nous ont apportée. Les etudes de l'lndien qui adoptent une perspective culturaliste …sont des études boiteuses en ce qu'elles considèrent les communautés indigenes comme des unités auto-suffisantes et sous-estiment leur participation à l‘économie de la nation. Les auteurs de telles études oublient que l'lndien contemporain est le résultat d'un processus historique et qu'il entretient des relations socio-economiques avec le système capitaliste propre à un pays donné et avec la société globale

Abstract

PIERRE BEAUCAGE

A radical change in focus is necessary if ethnology, and particularly peasant studies in Meso-america and elsewhere, is to overcome the present paradox of repetitiveness without true comparison and generalization. For this purpose, Marxian concepts, long rejected on ideological grounds by western ethnologists, may be extremely fruitful. This study of the socio-economic structure of four Indian villages - of the Nahuat and Totonac language groups - belonging to the coffee-growing zone of the Sierra Norte de Puebla, shows that the “community of equals” has long been replaced by a true class society. The main class opposition is between a handful of landlords and a proletarized mass, often taking the form of the classical Meztizo/ Indian antagonism. The capitalist structure of coffee production, which is dominant, did not eliminate “small market production” associated with the middle peasantry, but the expansion of capitalist production has resulted in a continuous shrinking of the latter class. This “decomposition of the peasantry” varies in relation to local production conditions.

Un changement radical d'optique est nécessaire si l'ethnologie - et particulièrement dans l'étude des communautés paysannes en Mésoamérique et ailleurs -doit sortir de l'impasse de la répétition sans comparaison ni généralisation véritable. Les concepts marxistes, longtemps ecartés pour des raisons idéologiques peuvent être extrèmement féconds. Etudiant la structure socio-économique de quatre villages indiens - nahuat et totonaques - de la zone caféicole de la Sierra Norte de Puebla, l'auteur démontre que la « communautéégalitaire » y a depuis longtemps cédé la place à une société de classes. L'opposition principale des classes se situe entre la poignée de propriétaires fonciers et la masse prolétarisée: prenant souvent la forme d'un antagonisme ethnique - métis/Indiens. La structure capitaliste de la production du café, si elle est nettement dominante, n'a pas éliminé la « petite production marchande, » regroupant la paysannerie intermédiaire, mais l'élargissement des rapports capitalistes se fait au dépens de cette dernière classe. Cette « décomposition de la paysannerie » varie d'une communautéà l'autre, en fonction des conditions locales de la production.

Ancillary